Lexi Studio, pouvez-vous d’abord nous raconter comment est née l’idée, chez LEVIA Magazine, de consacrer un numéro spécial aux coulisses émotionnelles du Festival de Cannes, et ce que vous, personnellement, cherchiez à y explorer au-delà des images de tapis rouge ?
Après le Festival de Cannes de l’année dernière, plusieurs personnes de notre entourage professionnel ont vécu une expérience assez particulière.
De l’extérieur, Cannes apparaît comme un lieu de glamour, d’opportunités et d’effervescence. Pourtant, une fois rentrés chez eux, beaucoup ont ressenti une fatigue intense, du stress accumulé, des troubles du sommeil, voire un véritable épuisement physique et émotionnel. Cela m’a fait prendre conscience que Cannes n’est pas seulement un festival de cinéma ; c’est aussi un environnement extrêmement intense sur le plan humain.
Nous sommes habitués à voir les tapis rouges, les succès et les moments de célébration. Mais nous parlons rarement de ce qui se passe derrière ces images. Les créateurs, artistes, producteurs, entrepreneurs, journalistes et professionnels présents à Cannes portent tous leurs ambitions, leurs attentes, leurs doutes et parfois une pression considérable.
C’est en observant cette réalité que l’idée de ce numéro spécial est née chez LEVIA.
Plus que documenter les apparitions sur le tapis rouge, nous voulions nous intéresser aux personnes qui se trouvent derrière ces moments. Comprendre pourquoi elles sont là, ce qui les motive, comment elles traversent la pression, et ce qu’elles apprennent sur elles-mêmes au cours de cette expérience.
Personnellement, ce numéro est avant tout une exploration de l’humain. Le cinéma, l’art et les affaires font partie de Cannes, bien sûr. Mais ce qui m’intéresse le plus, ce sont les histoires que l’on ne voit pas immédiatement : les parcours, les défis, les transformations et les émotions qui existent derrière les titres, les professions et les images.
Parce qu’au final, ce ne sont pas seulement les photographies que l’on retient. Ce sont les histoires humaines qui leur donnent leur sens.
Pour ce spécial Cannes, comment avez-vous concrètement approché les réalisateurs, acteurs, stylistes, maquilleurs ou équipes techniques pour qu’ils se livrent sur leurs émotions les plus intimes – trac, solitude, euphorie, épuisement – dans un contexte où tout est censé paraître maîtrisé et glamour ?
De nombreuses interviews se concentrent sur les projets, les réalisations ou les succès professionnels. De notre côté, nous nous intéressons davantage à ce qu’il y a derrière ces parcours. Nous aimons poser des questions sur les motivations, les moments de doute, les expériences qui ont marqué une vie ou une carrière, ainsi que sur la manière dont chacun traverse la pression, l’incertitude ou le changement.
Concernant l’accès aux personnes interviewées, cela s’est fait de manière assez naturelle. Notre équipe évolue depuis de nombreuses années dans les univers de la photographie, des médias, de la communication et des industries créatives. Nous avons construit au fil du temps un réseau professionnel solide. Ce numéro spécial n’est donc pas l’entrée dans un nouvel univers, mais plutôt le prolongement naturel d’années d’expérience et de relations humaines.
Lorsque les personnes sentent qu’elles ne sont pas interviewées uniquement en tant qu’acteur, réalisateur, styliste ou entrepreneur, mais en tant qu’êtres humains, elles ont souvent envie de partager davantage.
Nous n’avons jamais cherché à provoquer des confidences sur l’anxiété, la solitude ou l’épuisement. Nous avons simplement essayé de créer un espace de dialogue sincère. Et très souvent, ces émotions apparaissent naturellement, parce qu’elles font partie de la réalité vécue par de nombreux créateurs et professionnels.
Pour nous, l’objectif n’est pas de montrer des personnes parfaites, mais de leur permettre de révéler une part plus authentique d’elles-mêmes.
En travaillant sur ce numéro, quelles émotions récurrentes ou insoupçonnées avez-vous identifiées chez les créateurs présents à Cannes, et en quoi ces ressentis contrastent-ils avec le récit médiatique habituel du festival ?
L’un des éléments qui m’a le plus marqué est que beaucoup de personnes se sont révélées bien plus humbles et authentiques que ce que l’on pourrait imaginer.
Dans les médias, Cannes est souvent présenté comme un univers de succès, de prestige et de glamour. Pourtant, lorsque nous avons échangé avec des réalisateurs, acteurs, créateurs et professionnels du secteur, les conversations ont davantage porté sur le travail, l’évolution personnelle, les défis rencontrés et les relations humaines.
Beaucoup ont évoqué la pression, les incertitudes et le fait de continuer à apprendre et à avancer malgré les difficultés. Même des personnes ayant déjà atteint un haut niveau de réussite se sont montrées très accessibles et profondément humaines.
Je pense que c’est l’un des enseignements les plus précieux de ce numéro : derrière les projecteurs, ce sont avant tout des êtres humains, bien avant d’être des titres, des fonctions ou des images publiques.
Pouvez-vous nous décrire une ou deux histoires visuelles ou éditoriales publiées dans LEVIA autour de Cannes qui, selon vous, incarnent le mieux cette tension entre l’esthétique ultra-codée du festival et la vulnérabilité émotionnelle des personnes que vous avez suivies ?
Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que ce phénomène ne concerne pas une seule personne. Nous l’avons retrouvé dans de nombreuses interviews tout au long du numéro.
À première vue, ces personnes évoluent dans un environnement extrêmement codifié, élégant et exposé aux regards. Elles ont souvent des parcours impressionnants, des carrières reconnues et des expériences que beaucoup pourraient envier. Pourtant, lorsque les conversations deviennent plus profondes, les sujets qui émergent sont souvent les mêmes : la persévérance, le doute, la croissance personnelle, la pression et la manière de faire face à l’incertitude.
C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il nous est difficile de citer un seul exemple. Cette dualité traverse pratiquement l’ensemble du numéro. Qu’il s’agisse d’acteurs, d’entrepreneurs, de créateurs ou de professionnels de l’industrie, nous avons découvert des personnes bien plus nuancées et authentiques que l’image publique que l’on peut parfois percevoir.
À mon sens, c’est l’un des aspects les plus fascinants de Cannes. Les médias racontent souvent les moments où les personnes sont vues. Nous avons davantage cherché à comprendre ce qu’elles vivent derrière ces moments.
Au final, nous avons constaté que derrière l’élégance, les projecteurs et le prestige, beaucoup partagent des questionnements, des émotions et des expériences profondément humaines. Et ces points communs sont souvent bien plus importants que ce qui les différencie.
LEVIA Magazine met l’accent sur le corps et l’esprit dans l’univers mode et créatif : en quoi le Festival de Cannes est-il un terrain d’observation privilégié de cette dualité, par exemple dans la façon dont les corps sont mis en scène sur le tapis rouge alors que les émotions restent souvent cachées en coulisses ?
Je pense que Cannes est un lieu particulièrement intéressant pour observer cette dualité.
D’un côté, l’apparence est extrêmement visible : les tenues, le maquillage, les images et chaque détail du tapis rouge sont soigneusement préparés. De l’autre, les personnes vivent aussi de la pression, des attentes, de la fatigue et de nombreuses émotions qui restent souvent invisibles.
Pour LEVIA, c’est précisément ce contraste qui est fascinant : d’un côté l’image que l’on montre, de l’autre l’expérience humaine que l’on vit réellement. À travers nos interviews, nous essayons de révéler un peu de cette réalité derrière les projecteurs.
À l’avenir, comment imaginez-vous faire évoluer ce travail sur les émotions invisibles des grands événements culturels – à Cannes ou ailleurs – grâce à vos plateformes numériques et internationales (site, réseaux sociaux, collaborations) pour aller encore plus loin dans l’intimité des récits ?
Je pense que ce n’est qu’un début.
À l’avenir, que ce soit à Cannes, lors des semaines de la mode ou d’autres grands événements culturels internationaux, nous continuerons à nous intéresser aux personnes derrière les événements, et pas uniquement aux événements eux-mêmes. Car ce qui nous touche le plus, ce ne sont pas seulement les faits, mais les histoires humaines qui les accompagnent.
Le magazine continuera à proposer des entretiens approfondis, tandis que notre site et nos réseaux sociaux nous permettront de partager des récits plus spontanés, plus continus et sous différentes formes. Nous souhaitons également développer davantage de collaborations internationales afin de faire entendre des voix et des expériences venues d’horizons variés.
Pour LEVIA, l’essentiel n’est pas seulement de documenter ce qui se passe, mais de comprendre comment ces expériences transforment les personnes qui les vivent.
Pour conclure, quel message aimeriez-vous adresser aux lecteurs et aux jeunes créateurs qui rêvent de Cannes : comment peuvent-ils préserver leur intégrité émotionnelle tout en s’exposant à la lumière parfois brutale de l’industrie et des grands festivals ?
Je voudrais dire que poursuivre ses rêves est important, mais prendre soin de soi l’est tout autant.
Chaque personne rencontrera des moments de doute, de pression, de fatigue ou de découragement au cours de son parcours. Ces difficultés ne signifient pas que vous n’êtes pas à la hauteur. Elles font simplement partie du chemin.
Le plus important est de ne pas perdre de vue qui vous êtes en cherchant à atteindre vos objectifs. Apprenez à écouter votre corps, à respecter vos limites et à vous accorder du repos lorsque vous en avez besoin.
Et surtout, n’oubliez jamais que vous n’êtes pas seul. Beaucoup des personnes que nous admirons aujourd’hui ont traversé les mêmes incertitudes, les mêmes peurs et les mêmes défis. Ces histoires existent, même si elles sont rarement visibles.
C’est aussi l’une des raisons d’être de LEVIA. Nous souhaitons partager les histoires humaines qui existent derrière les réussites, les images et les projecteurs.
Alors, si un jour vous vous sentez fatigué, perdu ou simplement en quête d’inspiration, peut-être trouverez-vous dans les pages de LEVIA Magazine le rappel que d’autres ont parcouru ce chemin avant vous — et qu’il est possible d’avancer sans perdre son authenticité.
Pour en savoir plus : https://leviamagazine.com/