Monsieur Wish, pour commencer, comment êtes-vous passé d’un simple sosie de Mr Bean à un créateur qui a fait de l’humour muet un format central sur TikTok, et à quel moment avez-vous compris que cela pouvait devenir plus qu’un “gimmick” pour vous ?
Depuis que je suis tout petit, on me dit que je ressemble à Mr Bean. Et comme j’étais moi-même un grand fan du personnage, j’avais pris l’habitude de répondre avec un petit “Hey low !” à sa manière. Ça faisait toujours rire les gens autour de moi, mais je n’avais jamais imaginé en faire quelque chose de plus marquant par rapport à ce personnage.
Le véritable déclic est arrivé pendant le Covid. J’ai découvert un créateur italien qui faisait des vidéos dans l’univers de Mr Bean sur TikTok. En le voyant, je me suis dit : “Pourquoi pas moi ?” Je savais que cette ressemblance faisait rire depuis des années, alors j’ai décidé de tenter l’expérience. J’ai dû attendre quelques mois avant de pouvoir commencer, car j’étais resté à Barcelone pendant le confinement.
Dès mes premières vidéos, le succès a été immédiat. Les internautes ont tout de suite réagi à cette ressemblance et ont commencé à partager massivement mes contenus. C’est là que j’ai compris que ce n’était pas simplement un gimmick, mais un véritable langage universel. L’humour visuel et muet traverse les frontières. On peut faire rire quelqu’un en France, en Chine ou au Brésil sans prononcer un seul mot.
Avec le temps, cette ressemblance est devenue presque troublante. Il m’arrive parfois de voir passer une ancienne de mes vidéos mélangée à des extraits de Mr Bean et, pendant une seconde, de croire que c’est Rowan Atkinson lui-même. C’est assez surréaliste.
Aujourd’hui, cette ressemblance a été un formidable point de départ, mais mon ambition va plus loin. Je souhaite faire évoluer ce personnage vers une identité originale, Monsieur Wish, un univers qui m’appartient, inspiré de l’humour visuel que j’aime depuis toujours, mais avec ses propres codes, ses propres histoires et son propre imaginaire.
Votre humour repose presque uniquement sur le visuel et la gestuelle, dans la lignée de Mr Bean ou Jacques Tati. Concrètement, comment construisez-vous un sketch muet pensé pour TikTok : qu’est-ce qui change dans l’écriture, le rythme, le cadrage par rapport à l’humour visuel « classique » de la télévision ou du cinéma ?
Mon approche est assez différente de celle du cinéma ou de la télévision. Je ne pars pas forcément d’un scénario très écrit. La plupart du temps, je m’inspire des tendances TikTok du moment : une musique, une danse, un son viral ou une situation que tout le monde connaît. Ensuite, je me demande : « Comment est-ce que Mister Wish réagirait à ça sans prononcer un seul mot ? »
J’ai aussi appris quelque chose d’essentiel avec les réseaux sociaux : plus c’est simple, mieux ça fonctionne. Au début, je pensais qu’il fallait imaginer des scénarios compliqués, avec beaucoup de préparation. En réalité, les vidéos qui marchent le mieux sont souvent les plus évidentes. Une bonne expression du visage, un regard, un geste inattendu ou un décalage de quelques secondes suffisent souvent à faire rire.
Le rythme est également très différent de celui de la télévision. Sur TikTok, on doit capter l’attention dès les premières secondes. Chaque geste compte, chaque plan doit être lisible immédiatement. Il faut raconter une histoire très vite, sans dialogue, tout en laissant une place à la surprise.
Finalement, je dirais que mon écriture consiste surtout à enlever plutôt qu’à ajouter. Je cherche à simplifier au maximum une idée jusqu’à ce qu’elle devienne universelle. C’est sans doute ce qui explique pourquoi mes vidéos fonctionnent aussi bien dans des pays où l’on ne parle pas la même langue. L’humour visuel est un langage que tout le monde comprend.
Vous avez connu un moment fort avec le prank où vous vous faites passer pour Xavi sur les Champs-Élysées, qui mêle sosie, culture foot et comédie physique. Qu’est-ce que cette vidéo vous a appris sur la façon dont l’algorithme de TikTok et le public mondial réagissent à ce mélange d’humour muet, de personnalité et de culture pop ?
Ma ressemblance avec Xavi Hernández est assez incroyable, au point qu’elle crée souvent un débat. Certains trouvent que je ressemble davantage à Xavi qu’à Mr Bean, tandis que d’autres pensent exactement l’inverse. C’est assez amusant de voir que les gens prennent parti !
Concernant la vidéo tournée sur les Champs-Élysées, mon objectif était avant tout de réaliser une expérience sociale. Je voulais observer les réactions des passants et vérifier si les comportements que l’on voit souvent dans ce type de vidéos étaient authentiques, ils ont fait la queue dans une file d’attente fictive sans même savoir ce qu’il allait se passer ! Ce qui m’a le plus surpris, c’est que les réactions réelles étaient encore plus fortes que ce que l’on voit dans le montage final, il me manquait un cameraman supplémentaire.
Mais paradoxalement, ce n’est pas cette vidéo qui a réellement lancé la vague autour de ma ressemblance avec Xavi. Le véritable déclic est venu d’une vidéo très simple où j’etais en monoroue électrique en tapant dans mes mains. Cette séquence a été reprise partout sur X, notamment par des internautes qui l’ont détournée avec humour en référence aux difficultés financières du FC Barcelone. En quelques jours, elle a fait le tour du monde.
Cette expérience m’a appris deux choses. D’abord, sur les réseaux sociaux, la simplicité est souvent beaucoup plus puissante qu’une idée trop complexe. On pense parfois qu’il faut produire quelque chose d’extraordinaire, alors qu’une scène très simple, si elle est authentique et facilement partageable, peut devenir mondiale.
Ensuite, j’ai compris à quel point le montage est essentiel. Une bonne idée ne suffit pas : il faut savoir raconter une histoire au bon rythme. À cette époque, il était très difficile de trouver d’excellents monteurs spécialisés dans les réseaux sociaux, et les meilleurs étaient déjà très sollicités. J’ai réalisé que le montage est devenu un véritable levier stratégique. C’est souvent lui qui fait la différence entre une vidéo qui fonctionne correctement et une vidéo qui devient virale à l’échelle internationale.
L’humour muet est souvent présenté comme « universel », mais vous tournez en France, à Épernay notamment, avec des références bien locales. Comment gérez-vous l’équilibre entre ancrage local (lieux, réactions des passants, culture française) et lisibilité internationale pour un public qui ne parle pas un mot de français ?
On dit souvent que l’humour muet est universel, et je le constate tous les jours. Quand une vidéo fonctionne, elle peut être comprise aussi bien en France qu’en Chine ou en Tanzanie, sans qu’il soit nécessaire de traduire quoi que ce soit. C’est ce qui me passionne dans ce type d’humour.
Aujourd’hui, j’ai fait le choix de séparer les choses. Mon compte principal, Monsieur Wish, s’adresse avant tout à une audience internationale. J’y publie des vidéos qui reposent essentiellement sur le visuel, les expressions et les situations, afin qu’elles puissent être comprises partout dans le monde.
En parallèle, j’ai un second compte, Monsieur Wish The Goat, où je partage davantage mon quotidien avec ma communauté française. C’est un espace plus personnel, où je peux échanger plus facilement avec mes abonnés et montrer les coulisses de mon activité.
Je reste très attaché à ma région, la Marne, où je tourne une grande partie de mes vidéos. Avec le temps, les habitants me reconnaissent de plus en plus. J’ai même créé un son, “Ohhh”, qui est devenu une sorte de clin d’œil local. Il est très utilisé dans la région et, quand je me promène, il n’est pas rare que des personnes me demandent de leur faire ce fameux “Ohhh”. C’est devenu un petit signe de reconnaissance entre nous.
Finalement, je pense qu’il n’y a pas d’opposition entre le local et l’international. Plus une réaction est sincère et authentique, plus elle touche un public large. On peut filmer dans une rue d’Épernay et faire rire quelqu’un à l’autre bout du monde. Les émotions, les regards et les situations du quotidien sont universels, et c’est précisément ce que j’essaie de raconter dans mes vidéos.
Le succès des sosies de Mr Bean, notamment en Asie et en Chine, montre que ce personnage est devenu un langage à part entière. Comment vous situez-vous par rapport à cet héritage : jusqu’où jouez-vous sur la ressemblance, et à partir de quand cherchez-vous à affirmer votre propre personnage, « Mr BeBean of Wish », pour ne pas être seulement perçu comme une copie ?
Je considère que Mr Bean a été une formidable porte d’entrée. C’est un personnage qui a marqué plusieurs générations et qui a démontré qu’on pouvait faire rire le monde entier sans prononcer un seul mot. Je suis fier que l’on reconnaisse cette ressemblance, parce qu’elle m’a permis de toucher un public international.
Mais je n’ai jamais eu l’ambition de rester uniquement “le sosie de Mr Bean”. Mon objectif est justement de transformer cette ressemblance en une identité qui m’appartient. C’est pour cela que je développe aujourd’hui Monsieur Wish, un personnage inspiré de l’humour visuel que j’aime depuis toujours, mais avec son propre univers, ses propres valeurs et ses propres histoires.
Pour moi, le mot “Wish” ne renvoie pas à l’idée d’une copie. Il évoque avant tout le mot anglais wish, qui signifie “souhait”. À terme, j’aimerais que Monsieur Wish soit un personnage qui apporte de la joie et qui réalise, à sa manière, les souhaits de sa communauté. J’ai déjà commencé à offrir des cadeaux à certains abonnés, mais cette expérience m’a aussi appris que la générosité ne se résume pas à envoyer des colis. Quand une communauté devient très importante, il faut imaginer d’autres façons de créer des moments mémorables et de partager des expériences.
Aujourd’hui, il existe des sosies de Mr Bean un peu partout dans le monde : en Italie, au Brésil, en Thaïlande, en Chine… Chacun a son style et son public. Ce qui est intéressant, c’est que le personnage est devenu une sorte de langage universel. En Chine, par exemple, je ne suis pas le seul, mais en quelques semaines, mon compte est devenu le plus suivi dans cette catégorie. Cela m’a ouvert des opportunités incroyables, avec des marques et des organisateurs qui souhaitent déjà travailler avec moi.
Pour moi, c’est la preuve que la ressemblance peut être un point de départ, mais qu’elle ne suffit pas. Ce qui fera la différence sur le long terme, ce sera la personnalité, la créativité et l’univers que je construirai autour de Monsieur Wish. Mon ambition est que, dans quelques années, les gens ne me suivent plus seulement parce que je leur rappelle Mr Bean, mais parce qu’ils aiment Monsieur Wish pour ce qu’il est devenu.
Avec plus d’un million d’abonnés sur TikTok et une présence sur YouTube, X/Twitter et Tipeee, comment imaginez-vous l’avenir de l’humour muet à l’ère des formats très courts, des IA et des filtres ? Pensez-vous que ce type de comédie physique peut encore se réinventer et, si oui, comment comptez-vous y contribuer ?
Je pense que le format court a encore un très bel avenir. Les habitudes de consommation ont changé : aujourd’hui, les gens aiment découvrir beaucoup de contenus en peu de temps. Le fait de faire défiler des vidéos est devenu un réflexe. Cela ne signifie pas pour autant que le format long va disparaître. Au contraire, il gardera toujours sa place, mais le défi sera de réussir à captiver l’attention du spectateur du début à la fin.
L’humour muet, lui, a un avantage énorme : il traverse les langues et les frontières. Un bon gag visuel peut faire rire quelqu’un sans avoir besoin d’être traduit. C’est ce qui me donne envie de continuer à développer ce type de contenu.
L’intelligence artificielle va également transformer notre façon de créer. Je l’utilise déjà au quotidien pour gagner du temps sur certaines tâches, trouver des idées ou m’aider à organiser mes projets. Ce n’est pas un outil qui remplace la créativité, mais un formidable accélérateur. Et comme elle progresse très vite, je suis convaincu qu’elle fera bientôt partie du quotidien de tous les créateurs.
J’ai d’ailleurs été contacté pour un projet assez fou : recréer un épisode inédit de Mr Bean grâce aux technologies de deepfake, avec l’autorisation et les droits. C’est un projet techniquement passionnant, surtout que je possède déjà tous les accessoires du personnage, y compris sa célèbre voiture. Mais ce type de production demande des moyens importants. C’est aussi pour cette raison que j’ai ouvert un compte Tipeee : non pas simplement pour financer des vidéos, mais pour permettre à la communauté de participer à des projets ambitieux qui seraient impossibles à réaliser seul.
Mon objectif, à plus long terme, est surtout de faire évoluer mon propre personnage, Monsieur Wish. Je veux conserver cet humour physique et universel, tout en créant un univers original qui ne repose plus uniquement sur la ressemblance avec Mr Bean. Si je peux utiliser les nouvelles technologies pour raconter de meilleures histoires, produire des projets plus ambitieux et rester plus proche de ma communauté, alors je pense que l’humour visuel a encore de très belles années devant lui.
Pour conclure, quel conseil donneriez-vous à un jeune créateur ou créatrice qui veut se lancer dans l’humour visuel et muet sur TikTok aujourd’hui : par où commencer, quels pièges éviter, et quelle est la chose essentielle à garder en tête pour durer ?
Le premier conseil que je donnerais, c’est d’observer. L’humour visuel repose énormément sur la gestuelle, les expressions du visage et le sens du détail. Un simple regard, un sourire ou une réaction peuvent parfois être bien plus drôles qu’un long discours. Il faut apprendre à jouer avec son corps avant même de penser aux effets spéciaux ou au montage.
Ensuite, je dirais qu’il ne faut pas chercher à compliquer les choses. J’ai longtemps cru qu’il fallait créer des scénarios très élaborés pour faire des millions de vues. En réalité, les vidéos qui fonctionnent le mieux sont souvent les plus simples. Une idée claire, une bonne expression et un bon timing valent parfois beaucoup plus qu’une grosse production.
Le piège, aujourd’hui, c’est de vouloir copier ce qui fonctionne déjà. Les tendances sont utiles pour apprendre, mais elles ne suffisent pas à construire une carrière. Ce qui fait la différence sur le long terme, c’est de développer sa propre personnalité et son propre univers. Les gens s’abonnent à un personnage, pas seulement à une vidéo virale.
Enfin, je dirais qu’il faut être patient. Les réseaux sociaux donnent parfois l’impression que tout va très vite, mais construire une communauté fidèle demande du temps. Il faut accepter de tester, d’échouer, d’apprendre et de recommencer.
Si je devais résumer en une phrase, ce serait celle-ci : travaillez votre regard, votre gestuelle et vos expressions avant de chercher à impressionner avec des moyens techniques. Une émotion sincère et un bon timing feront toujours plus rire qu’un effet spécial. C’est cette simplicité qui permet à l’humour visuel de traverser les générations et les frontières.
Pour en savoir plus : https://www.tiktok.com/@monsieurwish?_r=1&_t=ZN-97cZCDJge75